Sa longue expérience de l'école et des apprentissages lui ont permis de mener des réflexions personnelles qu'il partage notamment par le biais du site: http://www.education-authentique.org/
Il y résume sa découverte ainsi: "Apprendre m'est naturel, comme respirer ou dormir. Organiser cet apprendre en éducation-formation, c'est introduire des biais qui peuvent, à mon insu, causer plus de mal que de bien."
Cette pensée, pleine de bon sens de prime abord, va être déclinée abondamment au cours de lettres d'information, conférences et séminaires.
Par exemple la vidéo suivante a beaucoup circulé et est édifiante:
Pour résumer, on y apprend "qu'apprendre n'est pas être enseigné". Voilà pour le fond.
Cependant la forme que prend ce message est très intéressante à analyser.
Tout d'abord Lepri adopte, jusqu'à la caricature, la posture de l'enseignant, du prof, du formateur, pourtant tant honni dans son discours. Il emprunte abondamment au jargon universitaire (qu'il récuse pourtant dans certains textes): "le paradigme de l'apprendre"; il adore les couples de mots "enseignant/enseigné", "formateur/formaté" etc; il ne nous épargne pas d'ailleurs l'inévitable tableau à feuilles pour y tracer les tout aussi inévitables schémas qui donnent un air si savant à son exposé.
On pourrait ajouter que mêmes ses qualités d'orateur sont dignes des profs les plus ennuyeux que nous avons tous connus à l'école. On sent que Lepri n'a jamais eu à faire trop d'efforts pour être écouté: l'autorité dont il a pu jouir en tant que prof, inspecteur ou expert n'a pas développé chez lui le goût d'être passionnant.
Ses "écoutants" quant à eux se fondent dans le moule également: il y a le studieux qui prend des notes, celui qui se prend la tête en écrivant, celui qui écoute concentré, celui qui joue avec ses lunettes, celui qui écoute ou fait semblant d'écouter, le regard dans le vague. Tous les profils habituels qu'un prof peut avoir face à lui dans une salle de classe.
Un autre exemple parmi d'autres de ce décalage entre la théorie et la pratique selon Lepri, dans ce document publié sur le site de Meirieu, et qui n'augure donc pas très bien: "apprendre viablement la viabilité" qui entend traiter de l'éducation au développement durable . Là encore beaucoup de jargonnage (expérientiel, éducation-action), et une partie consacrée à l'enseignement scolaire, tout ce qu'il y a de plus banal: essayer de mettre du sens dans les apprentissages, en reliant les notions abordées avec la vie quotidienne de l'élève. Rien de bien révolutionnaire donc.
C'est ainsi qu'on peut se demander la finalité de la démarche; poser que le schéma classique élève/professeur doit être dépassé, pour aboutir concrètement à des petites touches insignifiantes de changement, à la participation active à des colloques sur les pédagogies alternatives. Lepri, entre incohérence et faux-semblants.
Cette répartition classique des rôles, avec celui qui sait, et qui parle, et ceux qui ne savent pas, et qui écoutent, tranche bougrement avec le discours du maître.
C'est qu'il n'y a pas de dialogue avec Lepri, il dit, et c'est tout: il y a seulement "à considérer".
Sa lettre d'information le précise explicitement: "il n’y a, en effet, ni à approuver, ni à réfuter".
Ce refus du dialogue, de la discussion ou même du débat (soyons fou) est récurrente chez Lepri: son objet n'est pas "de convaincre, et encore moins de lutter".
N'est-il pas étrange qu'un homme, pour qui apprendre est tellement naturel, ait besoin de le professer à qui mieux-mieux ? Pas plus étrange après tout que de monter des méthodes et des organismes de certification pour communiquer, cette aptitude pourtant si naturelle.
Je me suis laissée dire qu'en séminaire, il ne faisait pas bon se placer sur le terrain de la discussion, sous peine de se faire recadrer rapidement par les plus fervents partisans du maître. "Tu as ton avis, j'ai le mien" et basta.
On rapprochera ce refus de la confrontation avec l'implication de Lepri dans le monde de la Communication Non Violente: il est membre du conseil d'administration du groupe européen de Communication NonViolente.
La Communication prétendument non-violente entend "favoriser une qualité de relations qui va permettre de répondre aux besoins des uns et des autres en étant uniquement motivé par l 'élan du cœur et la joie de le faire"
Lepri s'inspire beaucoup de la CNV et cite copieusement Rosenberg, pour qui, rappelons-le, "Il est important de voir que la spiritualité est au cœur de la CNV, et de garder cela à l'esprit quand on apprend les étapes du processus. L'art de vivre que j'essaie d'enseigner est véritablement une pratique spirituelle."
Lepri est également impliqué dans l'écologie, il s'est présenté sous l'étiquette Alliance Écologiste Indépendante, aux élections régionales en bourgogne pour l'année 2010.
Le programme du CREA figure sur le site demainmaintenant, qui arbore ce courageux avertissement sur sa page d'accueil: "L'association Demain Maintenant décline toute responsabilité pour tout contenu illicite ou enfreignant les droits des individus. Chaque membre de ce réseau est responsable des opinions exprimées et contenus mis en ligne."
On rapprochera ces précautions étranges des innombrables mises en garde de Lepri comme "Le CREA n’est inféodé à aucun parti, religion, philosophie, gourou [...] Le CREA ne vend rien, ne demande aucune adhésion, signature, approbation, engagement[...] À toute heure, je peux en sortir".






