lundi 15 novembre 2010

Et on tuera tous les affreux: Lepri

Jean-Pierre Lepri est un ancien inspecteur de l'Education nationale. Entre autres casquettes.
Sa longue expérience de l'école et des apprentissages lui ont permis de mener des réflexions personnelles qu'il partage notamment par le biais du site: http://www.education-authentique.org/

Il y résume sa découverte ainsi: "Apprendre m'est naturel, comme respirer ou dormir. Organiser cet apprendre en éducation-formation, c'est introduire des biais qui peuvent, à mon insu, causer plus de mal que de bien."

Cette pensée, pleine de bon sens de prime abord, va être déclinée abondamment au cours de lettres d'information, conférences et séminaires.

Par exemple la vidéo suivante a beaucoup circulé et est édifiante:

Pour résumer, on y apprend "qu'apprendre n'est pas être enseigné". Voilà pour le fond.

Cependant la forme que prend ce message est très intéressante à analyser.
Tout d'abord Lepri adopte, jusqu'à la caricature, la posture de l'enseignant, du prof, du formateur, pourtant tant honni dans son discours. Il emprunte abondamment au jargon universitaire (qu'il récuse pourtant dans certains textes): "le paradigme de l'apprendre"; il adore les couples de mots "enseignant/enseigné", "formateur/formaté" etc; il ne nous épargne pas d'ailleurs l'inévitable tableau à feuilles pour y tracer les tout aussi inévitables schémas qui donnent un air si savant à son exposé.
On pourrait ajouter que mêmes ses qualités d'orateur sont dignes des profs les plus ennuyeux que nous avons tous connus à l'école. On sent que Lepri n'a jamais eu à faire trop d'efforts pour être écouté: l'autorité dont il a pu jouir en tant que prof, inspecteur ou expert n'a pas développé chez lui le goût d'être passionnant.

Ses "écoutants" quant à eux se fondent dans le moule également: il y a le studieux qui prend des notes, celui qui se prend la tête en écrivant, celui qui écoute concentré, celui qui joue avec ses lunettes, celui qui écoute ou fait semblant d'écouter, le regard dans le vague. Tous les profils habituels qu'un prof peut avoir face à lui dans une salle de classe.

Un autre exemple parmi d'autres de ce décalage entre la théorie et la pratique selon Lepri, dans ce document publié sur le site de Meirieu, et qui n'augure donc pas très bien: "apprendre viablement la viabilité" qui entend traiter de l'éducation au développement durable . Là encore beaucoup de jargonnage (expérientiel, éducation-action), et une partie consacrée à l'enseignement scolaire, tout ce qu'il y a de plus banal: essayer de mettre du sens dans les apprentissages, en reliant les notions abordées avec la vie quotidienne de l'élève. Rien de bien révolutionnaire donc.

C'est ainsi qu'on peut se demander la finalité de la démarche; poser que le schéma classique élève/professeur doit être dépassé, pour aboutir concrètement à des petites touches insignifiantes de changement, à la participation active à des colloques sur les pédagogies alternatives. Lepri, entre incohérence et faux-semblants.

Cette répartition classique des rôles, avec celui qui sait, et qui parle, et ceux qui ne savent pas, et qui écoutent, tranche bougrement avec le discours du maître.
C'est qu'il n'y a pas de dialogue avec Lepri, il dit, et c'est tout: il y a seulement "à considérer".
Sa lettre d'information le précise explicitement: "il n’y a, en effet, ni à approuver, ni à réfuter".
Ce refus du dialogue, de la discussion ou même du débat (soyons fou) est récurrente chez Lepri: son objet n'est pas "de convaincre, et encore moins de lutter".


N'est-il pas étrange qu'un homme, pour qui apprendre est tellement naturel, ait besoin de le professer à qui mieux-mieux ? Pas plus étrange après tout que de monter des méthodes et des organismes de certification pour communiquer, cette aptitude pourtant si naturelle.

Je me suis laissée dire qu'en séminaire, il ne faisait pas bon se placer sur le terrain de la discussion, sous peine de se faire recadrer rapidement par les plus fervents partisans du maître. "Tu as ton avis, j'ai le mien" et basta.

On rapprochera ce refus de la confrontation avec l'implication de Lepri dans le monde de la Communication Non Violente: il est membre du conseil d'administration du groupe européen de Communication NonViolente.
La Communication prétendument non-violente entend "favoriser une qualité de relations qui va permettre de répondre aux besoins des uns et des autres en étant uniquement motivé par l 'élan du cœur et la joie de le faire"
Lepri s'inspire beaucoup de la CNV et cite copieusement Rosenberg, pour qui, rappelons-le, "Il est important de voir que la spiritualité est au cœur de la CNV, et de garder cela à l'esprit quand on apprend les étapes du processus. L'art de vivre que j'essaie d'enseigner est véritablement une pratique spirituelle."

Lepri est également impliqué dans l'écologie, il s'est présenté sous l'étiquette Alliance Écologiste Indépendante, aux élections régionales en bourgogne pour l'année 2010.

Le programme du CREA figure sur le site demainmaintenant, qui arbore ce courageux avertissement sur sa page d'accueil: "L'association Demain Maintenant décline toute responsabilité pour tout contenu illicite ou enfreignant les droits des individus. Chaque membre de ce réseau est responsable des opinions exprimées et contenus mis en ligne."
On rapprochera ces précautions étranges des innombrables mises en garde de Lepri comme "Le CREA n’est inféodé à aucun parti, religion, philosophie, gourou [...] Le CREA ne vend rien, ne demande aucune adhésion, signature, approbation, engagement[...] À toute heure, je peux en sortir".


lundi 8 novembre 2010

C'est bon pour la santé


Les joies de la cantine.
Cette chanson de Pierre Perret m'a bien fait rigoler.

Je comprends pas maman, que ça t'affole
Ça qu'on mange à la cantine de l'école
Ils l'on bien précisé, tout est pulvérisé
Traité, piqué, aseptisé, ça peut pas nous peser



Pourtant elle montre une réalité cruelle, éducation industrielle, bouffe industrielle.
Et y a pas intérêt à moufeter pendant qu'on avale, comme en classe.
Je me souviens de ma cantine en primaire, on n'avait pas le droit de boire avant d'avoir fini le plat principal.
Il n'y a pas de pouvoir, il n'y a que de l'abus de pouvoir.

Dans le journal de ma commune dernièrement, un article sur la restauration scolaire.
"Du bio dans les assiettes" annonce le titre ronflant. Enfin à hauteur de 10% pour cette année. Les habitudes, les filières, tout ça. Les petites bouches attendront pour manger sain. Mais qu'elles se rassurent, la prestation sera assurée "par l'une des sociétés major". Ça augure bien.

Pas si loin de chez nous Jamie Oliver a essayé de faire bouger les choses dans les cantines scolaires. Assez édifiant de voir les choses de l'intérieur, l'ampleur de la catastrophe, la logique économique qui règne en maître, les élèves étant au bout de la chaîne de production, à consommer ce qu'on leur propose comme des poulets de batterie, au mépris du bon sens, de leur santé, de leur dignité. Vraiment glaçant.

Dans l'express on peut lire un entretien entre les deux auteurs du livre Cantines, le règne de la mal-bouffe ? aux Editions Mordicus.

Philippe Durrèche: "Il faut commencer par rappeler que 80% des villes délèguent leur restauration scolaire à des sociétés privées, dont le seul objectif est de gagner de l'argent avec des repas qui coûtent 2 euros l'unité. Comment faire? On rogne sur la matière première. Au lieu du gigot, on met des boulettes d'agneau. Dans la paupiette de veau, l'escalope de veau n'est pas de l'escalope, trop chère, mais de la dinde hachée qui a été retexturée pour lui redonner un format de viande. Dans les cordons bleus, ce n'est pas de la volaille mais de la peau de volaille - une horreur diététique! Et, à la place des fromages, on sert des "spécialités fromagères", des cochonneries bourrées de polyphosphates."
"Un marché sur deux est attribué par favoritisme ou corruption. Et quand des parents d'élèves demandent une vérification, il arrive trop souvent que le maire ne fasse rien ou mandate un cabinet-conseil bidon."


Et bon appétit bien sûr.

mercredi 7 juillet 2010

Tous des matons


"Ouest-France / Pays de la Loire / La Roche-sur-Yon
La Roche sur Yon
La punition fait bondir les parents
samedi 03 juillet 2010

A Venansault, des enfants ont dû se mettre à genoux pour aller chercher leur repas. « Humiliation » disent les parents.
Ce devait être la fête. Le pique-nique de fin d'année organisé par la cantine municipale de Venansault a tourné au cauchemar pour une dizaine d'enfants de 8 à 11 ans. Des parents n'hésitent pas à employer le mot « humiliation ».

Kléber, le père d'un garçon de 8 ans, raconte : « On leur a infligé une punition en leur faisant remarquer : vous traitez le personnel de la cantine comme des chiens, vous allez manger comme des chiens. Dehors en plein soleil, jeudi, ça cognait. Devant tout le monde, on les a obligés à se mettre à genoux et à aller chercher leur repas à genoux. Mon fils n'avait pas osé en parler, à son retour de l'école, jeudi soir, pensant qu'il avait fait une grosse bêtise. C'est une maman, dont le fils a subi le même sort, qui m'a demandé vendredi si j'étais au courant de ce qui s'était passé. »

Les parents admettent qu'il y a des enfants « difficiles, turbulents ». « C'est le mode de punition qui ne nous plaît pas », soulignent-ils. Du coup, ils ont rencontré le maire, Laurent Favreau, hier soir. L'élu, qui a assisté à la scène, jeudi, promet une réunion en début de semaine prochaine. « C'était un pique-nique organisé à l'extérieur de la salle polyvalente, comme le fait tous les ans l'association qui gère la cantine scolaire », explique-t-il. « J'ai salué des gens. C'est vrai, j'ai vu des enfants à genoux, mais je n'ai pas su les raisons. Je ne connais pas le début de l'affaire. On en discutera lors d'une réunion avec les responsables de la cantine, les parents et la municipalité. »

Les parents n'entendent pas en rester là. Ils ont l'intention de porter plainte, aujourd'hui, à la brigade de gendarmerie de La Roche-sur-Yon."


Je dédie cet article à tous les parents qui pensent être vigilants et impliqués dans la vie de l'école de leurs enfants. Quand le chat n'est pas là...
A noter que le maire à été témoin de la scène mais s'est courageusement abstenu d'intervenir.
Avec cette affaire, je ne peux pas m'empêcher de penser aux fantaisies américaines d'Abou Ghraib.

lundi 7 juin 2010

Et on tuera tous les affreux: Meirieu

"D’autant plus que c’est bien « l’élève » et non pas « l’enfant » qu’il s’agit de mettre au centre du système : « l’élève » défini justement comme « un enfant confronté aux savoirs par un adulte ». L’élève qui est le seul à devoir et pouvoir apprendre… même si la responsabilité du maître demeure immense et irremplaçable : créer obstinément les conditions les plus favorables pour que s’opère cet apprentissage."

Philippe Meirieu "Lettre à un ami ministre (Luc Ferry)"


Philippe Meirieu est le prototype de l'homme de gauche, qui a décidé d'œuvrer dans le domaine éducatif. De ce fait l'école est pour lui un pilier républicain intouchable qui doit garantir l'égalité de tous. Sans originalité il défend la Pédagogie, plaçant hypocritement l'élève au cœur de ses attentions. Il se prend régulièrement le bec avec ses adversaires de droite, prônant inlassablement le changement de méthode; toutes les méthodes ont été essayées mais il faut persévérer ! Il perçoit vaguement la contradiction qu'il y a à vouloir intéresser de force un élève à des notions choisies par un adulte (il a été membre du conseil national des programmes), du coup il oscille cahin-caha entre la fermeté et la fausse bienveillance, la pédagogie (une ruse) étant bien sûr le moyen de résoudre cette inconséquence.

"- pendant son éducation, l'enfant doit donc rester sous la sujétion des adultes qui décident de son éducation en lui "présentant le monde... " ce n'est qu'après l'éducation, quand celle-ci est terminée que le sujet peut se dégager de l'emprise éducative et exercer sa liberté."

Cours de pédagogie n°5

Ses cours de pédagogies sont saisissants, remplis de schémas en couleur et de citations de maîtres, une sorte de délire universitaire totalement creux et artificiel où Meirieu finit par se citer lui-même, vraiment très inquiétant.

Meirieu a de la culture, il aime honorer ses prédécesseurs dans le domaine de la pédagogie. J'ai découvert sur son site Albert Thierry, "L'homme en proie aux enfants", qui résume magistralement la situation de ce pauvre Meirieu, entre désenchantement, bonne volonté et fantasmes autoritaires mal assumés.

"J'admire l'efficace de ma pédagogie contre les garçons qui choisissent dans la manne. J'ai mission de leur fournir de la culture : ils l'avaleront, dussé-je appliquer la question de l'eau."

"Je vis un jour le Marcel brun souffrir sous ma pensée comme on souffre sous le fer rouge."

Albert Thierry, "L'homme en proie aux enfants"


Philippe Meirieu n'est pas qu'un homme d'idées, il agit concrètement et s'investit depuis peu dans l'action politique, il utilise avec succès la mascarade électorale et comme beaucoup de ses camarades lassés des échecs du PS, il arbore l'étiquette gagnante d'Europe Ecologie.

Philippe Meirieu a collaboré avec le sinistre Marcel Ruffo récemment en commettant le livre Élever votre enfant de 6 à 12 ans.

Le mot de la fin au pétulant Albert Thierry:
"Je consens [...] que des idéals de ma jeunesse vous fassiez un fumier pour les vôtres."
Et l'on ne va pas se gêner.

mercredi 26 mai 2010

- École: Petites violences ordinaires à la sauce nippone -

Le Régal de janvier/février 2010 propose un article passionnant sur la cantine
scolaire au Japon.

Un article rédigé par une maman japonaise invitée à la fête de l'école de sa fille de 9 ans qui nous raconte donc comment se passent les repas des enfants japonais scolarisés.
Le plus déconcertant il me semble: l'écolier ne déjeune pas dans une cantine ou un réfectoire mais à son pupitre, à sa table de travail, dans sa salle de classe et face à son enseignant. Une photo illustre la scène:




















Ainsi donc à partir de 6 ans je suppose, les petits japonais scolarisés mangent seuls, dans le lieu-même où ils étudient, où ils travaillent; en présence de leur professeur. Par conséquent pas de table commune, pas de discussions avec les camarades, d'interaction, de trêve, en un mot de liberté. Le repas se déroule dans la continuité du temps de travail: l'élève ingurgite les connaissances, puis avale son repas.
Loin de moi la volonté d'idéaliser la bonne vieille cantoche de notre enfance mais là je dois dire que faire manger un petit enfant à son poste de travail avec pour seul horizon le dos de ses camarades et la face de son prof...

Je me souviens très bien de mes déjeuners à la cantine en primaire, repas très moyens (le hachis parmentier super, le céleri rémoulade atroce, le reste simplement industriel), surveillants autoritaires (interdiction de boire de l'eau avant de manger), le réfectoire très bruyant (défoulement légitime), mais à côté de ça un répit tout de même, des conversations, des déconnades, des trucs d'enfants en somme, quelquechose qui s'apparentait à de la convivialité.

Mais revenons à cet article édifiant; le service est assuré par les enfants eux-mêmes, à tour de rôle. Ils apportent les plateaux, débarrassent et nettoient les tables. Ils portent des masques et des tenues blanches pour "ne pas salir la nourriture".
Je ne sais pas si les japonais sont particulièrement portés sur l'hygiène, ou si la nourriture revêt là-bas une sorte de caractère un peu sacré mais l'idée de porter des protections lors des repas me
hérisse particulièrement, évoque pour moi l'hôpital, la prison, l'institution. Comme si la personne était sale, souillée, contaminée ou encore comme si la nourriture raffinée qu'on lui sert s'adressait à quelqun de plus digne qu'elle.

Ceci étant dit et Régal étant un magazine consacré à la cuisine, on revient rapidement à la cuisine elle-même: les menus sont établis par des nutritionnistes, selon la saison, et donc sains, équilibrés et délicieux. Le lecteur salivera à l'évocation de gambas panées ou d'anguille en sauce douce.




















L'auteur précise cependant: "Souvent, les enfants ne mangent pas comme il faut. Alors les adultes les forcent, du coup, parfois, la cantine devient pour eux un cauchemar...". C'est honnête de sa part de le reconnaître, et cela valorise sans doute les petits élèves qui sont à la dure dès l'enfance, gage de réussite future grâce à la discipline ainsi acquise.

Japon, fascinant Japon... sa culture raffinée, ses fleurs de cerisiers emportées par le vent, sa technologie de pointe en matière de robotique; c'est tout cela le Japon, et finalement rien d'étonnant à ce que cela commence dès le berceau, dès l'école.

samedi 22 mai 2010

Manger pour oublier

"Parfois, c'est horrible je sais, j'ai des vœux de mort envers mes instituteurs pour toutes les remarques désobligeantes à mon égard et leur manque de psychologie"

"Je me souviens qu'on m'a reproché de réciter du Anatole France trop tristement, je me souviens qu'on m'a fait pleurer jusqu'à ce que je hoquette d'une voix entrecoupée de sanglots les couplets stupides d'une chanson qui s'appelait "Toc le tapir", je me souviens qu'on a convoqué mes parents parce que je n'avais pas su reproduire un tube digestif."

Le blog de Patoumi

samedi 15 mai 2010

21,6%

C'est le nombre de "lecteurs inefficaces" repérés au cours de la Journée d'appel de préparation à la défense (JAPD) 2008.
Source: Eduscol

lundi 12 avril 2010

Anthologie de la connerie militaire d'expression française.

Conjugaison. -Être patriote: au passé et au plus-que-parfait du subjonctif, - au participe (présent et passé).
Nos lectures. CM, CH. Charrier. Ed. Hatier (1918).

Ainsi Paul est docile et bon, studieux à l'école; on peut dès maintenant prédire qu'il sera un honnête homme.
Cours d'histoire. G. Ducoudray. Ed. Hachette 1895.

Rester toujours souriants et montrer dans la description des calamités historiques une bonhommie contagieuse.
Instructions aux professeurs. B.O. de l'Education Nationale, cité par J. Teppe.

Anthologie de la connerie militaire d'expression française. Vol. I, Lucien Seroux, AAEL.

samedi 10 avril 2010

Gastineau

J'initie avec cet article une nouvelle catégorie dans ce blog, celle des portraits de prof.

Gastineau, donc, était mon prof de physique/chimie en 3ème, si je me souviens bien.
Je l'aimais bien, car il était plutôt du type marrant, et en rogne contre un système dont il était un des principaux rouages pourtant. Il passait toujours une partie du cours à pester contre le fonctionnement aberrant de l'institution, le manque de moyens pour rendre les cours plus intéressants et d'autres détails encore que j'ai oubliés depuis mais qui sur le moment me distrayaient des cours en effet assez ennuyeux, notamment le trimestre affreux consacré à l'étude de l'électricité.

Gastineau était un jeune prof, assez conscient des dysfonctionnements et des contradictions de l'école, qui s'efforçait d'amener le progrès "de l'intérieur", comme disent ceux qui y croient.
Il nous demandait de mettre nos parents à contribution pour lui procurer le matos nécessaire pour réaliser des manips en classe. J'avais participé, assez fière de pouvoir lui faire passer quelques litres de produits chimiques. Tout cela amenait un peu de vie dans la triste mécanique en quoi consiste la vie d'un écolier, un petit parfum de révolte, de débrouille et de connivence avec le Prof, celui qui juché sur son estrade, portant le savoir, le pouvoir de sanction, est craint et haït mais qu'on ne tutoie jamais.

Gastineau à la fin du mois de juin, lorsque les cours sont terminés mais que notre présence est tout de même requise dans l'établissement, nous faisait fabriquer des petits circuits électriques; je me disais à cette occasion que « 100 000 Ω » ferait un très bon nom de groupe de rock lorsque les composés vinrent à manquer. Il déclara alors: "Et le combat cessa, faute de résistances" et j'ai toujours conservé ce souvenir du prof de sciences un peu lettré.
Je ne fus donc pas tellement surprise en découvrant dans un magazine il y a quelques années que François Gastineau avait écrit un livre, sur son père disparu très tôt dans son enfance; et de découvrir un pan entier et intime de la vie de ce prof, comment lui aussi fût balloté par la vie, y fît son trou, comme tout un chacun, y prît sa place, petit rouage de la grande machine.

Gastineau un jour en fin d'année, pendant un de ses discours sur le système, comment le contourner, comment s'y fondre pour mieux le détourner, nous avait déclaré que parmi nous, seuls trois élèves auraient un bac C et ferait certainement une brillante carrière scientifique. Il s'agissait de Sarah, de Christel, et de Mohammed.
Sarah était mon amie, je l'ai fréquentée assez longtemps pour savoir qu'en effet la prévision s'est révélée exacte. Christel a passé un bac A, la dernière fois que je l'ai croisée il y a quelques années elle était commerciale dans je ne sais plus quelle boîte. Mohammed en revanche a disparu de la circulation très vite et je ne suis pas bien certaine que son avenir ait été si radieux que prévu.
Moi je ne faisais donc pas partie du lot, selon Gastineau. A ce titre je le compte parmi tout ceux de l'Éducation Nationale ayant participé à saper mes espoirs professionnels puisque c'est à peu près à cette époque de ma vie que je me destinais vaguement à devenir biologiste. Il ne fût pas le seul loin de là, puisque les conseillers d'orientation que j'ai eu l'infortune de croiser m'ont tous explicitement découragée dans cette voie, notamment à cause de mes résultats en maths, mais j'aurai l'occasion d'y revenir plus en détails une autre fois.

mardi 30 mars 2010

dimanche 28 mars 2010

Détruire les cultures et les modes de vie

Après d'âpres discussions, tout le monde ou presque finit par reconnaître que l'école n'est pas forcément une voie nécessaire ni même souhaitable. Pour les petits occidentaux.
La légitimité de l'école dans les pays pauvres, en revanche, reste une valeur sûre chez les gens (y compris les non-sco d'ailleurs). A plus forte raison dans les media.
D'où ma surprise en entendant hier cet entretien avec Tiziana Baldizone. Cette photographe italienne a consacré avec son époux une grande partie de sa vie a capturer des images parmi différents peuples nomades à travers le monde.
Voici un extrait du discours peu convenu qu'elle tient à propos de la transmission des savoirs chez les nomades : "Tous les nomades nous disent : le désert, on l’apprend de zéro à huit ans". Il n’y a personne qui inculque des comportements aux enfants. Les enfants regardent les gestes des adultes. Un nomade de Mongolie qui avait onze enfants dont deux jumeaux, il a retiré de l’école l’un des deux garçons parce qu’il avait besoin d’aide. L’autre est resté à l’école jusqu’à seize ans. Après, quand il est revenu, il a voulu faire éleveur. Il n’y a pas de comparaison entre les deux en tant qu’éleveurs. Celui qui est resté à l’école jusqu’à seize ans, tous les hivers il perd du bétail, l’autre pas."

Voici pour moi un démonstration laconique et limpide de la nuisance des écoles, y compris dans les pays où elles sont toujours considérées comme une irréfutable chance pour les jeunes générations.

Cela me rappelle tout à fait ce reportage d'Envoyé spécial il y a quelques années qui montraient bien comment les enfants de peuplades de Sibérie, il me semble, étaient arrachés à leur famille pour plusieurs mois pour être tondus, lavés, vêtus et instruits dans des bâtiments infâmement tristes, désapprenant par là-même leur culture, leur identité, détricotant le lien fragile qui se tisse de générations en générations. Et au final pour quel bénéfice ? aller grossir les rangs des jeunes toxicomanes des grandes villes de Russie, je suppose.

Cela me rappelle également comment les enfants des natifs d'Amérique étaient invités de façon pressante à se rendre dans les écoles de l'occupant américain pour parfaire la destruction de ces peuples à leur base même.





Les photos du couple Baldizzone sont disponibles dans le livre Esprit nomades qu'il publie ces temps-ci, également exposées sur les grilles du Luxembourg jusqu'au 18 juillet 2010.

mardi 23 mars 2010

Faîtes ce que je dis...

"Je ne suppose pas d'autre projet éducatif que celui de se créer dans l'amour et la connaissance du vivant. En dehors d'une école buissonnière où la vie se trouve et se cherche sans fin - de l'art d'aimer aux mathématiques spéculatives -, il n'y a que l'ennui et le poids mort d'un passé totalitaire."
Raoul Vaneigem (Avertissement aux écoliers et lycéens, p.18, Mille et une nuits, n°69)

"Et est-il si sûr que l'école ne reste pas dans la lâcheté d'un assentiment général, un lieu de dressage et de conditionnement, auquel la culture sert de prétexte et l'économie de réalité ?"
Raoul Vaneigem (Avertissement aux écoliers et lycéens, p.24, Mille et une nuits, n°69)

"L'année dernière, ma plus jeune fille, rentrant de l'école [...]"
Raoul Vaneigem (Siné Hebdo N°80 - 17 mars 2010)

jeudi 18 mars 2010

Histoire

Le manuel d'Histoire de 1887, dans lequel les Français de l'époque ont appris l'histoire commence ainsi :

« On distingue trois races humaines :

* la race noire (descendants de Cham) peupla l'Afrique, où elle végète encore ;
* la race jaune (descendants de Sem) se développa dans l'Asie orientale, et les Chinois, ses plus nombreux représentants, gens d'esprit positif, adonnés aux arts utiles, mais peu soucieux d'idéal, ont atteint une civilisation relative où ils se sont depuis longtemps immobilisés ;
* la race blanche qu'il nous importe spécialement de connaître, a dominé et domine encore le monde. »

Source: Wikipedia

Citation

"Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… "

Source: Jules Ferry le 28 juillet 1885 devant la Chambre des Députés.

Liberté Inégalité Fraternité




source: http://www.senat.fr/rap/r06-441/r06-44113.html#toc96

Hors Service (pour certains seulement)

"seuls 11 % des effectifs des grandes écoles sont des enfants d'ouvriers et d'employés, alors que ces catégories socioprofessionnelles représentent, selon les enquêtes de l'INSEE, 60 % de la population active en 2005."

source: http://www.senat.fr/rap/r06-441/r06-44113.html#toc96

mercredi 17 mars 2010

Citation

"À la petite école d'hier que j'ai fréquentée, je n'ai rien appris, mais je le savais par coeur. "

Albert Brie (Le mot du silencieux, p.109, Fides, 1978)

mardi 16 mars 2010

Ministère amer

Le ministère de l'instruction publique, créé en 1828 a été remplacé en 1932 par le ministère de l'éducation nationale.
Étonnant non ?

vendredi 5 mars 2010

Il est né le petit blog :)