dimanche 28 mars 2010

Détruire les cultures et les modes de vie

Après d'âpres discussions, tout le monde ou presque finit par reconnaître que l'école n'est pas forcément une voie nécessaire ni même souhaitable. Pour les petits occidentaux.
La légitimité de l'école dans les pays pauvres, en revanche, reste une valeur sûre chez les gens (y compris les non-sco d'ailleurs). A plus forte raison dans les media.
D'où ma surprise en entendant hier cet entretien avec Tiziana Baldizone. Cette photographe italienne a consacré avec son époux une grande partie de sa vie a capturer des images parmi différents peuples nomades à travers le monde.
Voici un extrait du discours peu convenu qu'elle tient à propos de la transmission des savoirs chez les nomades : "Tous les nomades nous disent : le désert, on l’apprend de zéro à huit ans". Il n’y a personne qui inculque des comportements aux enfants. Les enfants regardent les gestes des adultes. Un nomade de Mongolie qui avait onze enfants dont deux jumeaux, il a retiré de l’école l’un des deux garçons parce qu’il avait besoin d’aide. L’autre est resté à l’école jusqu’à seize ans. Après, quand il est revenu, il a voulu faire éleveur. Il n’y a pas de comparaison entre les deux en tant qu’éleveurs. Celui qui est resté à l’école jusqu’à seize ans, tous les hivers il perd du bétail, l’autre pas."

Voici pour moi un démonstration laconique et limpide de la nuisance des écoles, y compris dans les pays où elles sont toujours considérées comme une irréfutable chance pour les jeunes générations.

Cela me rappelle tout à fait ce reportage d'Envoyé spécial il y a quelques années qui montraient bien comment les enfants de peuplades de Sibérie, il me semble, étaient arrachés à leur famille pour plusieurs mois pour être tondus, lavés, vêtus et instruits dans des bâtiments infâmement tristes, désapprenant par là-même leur culture, leur identité, détricotant le lien fragile qui se tisse de générations en générations. Et au final pour quel bénéfice ? aller grossir les rangs des jeunes toxicomanes des grandes villes de Russie, je suppose.

Cela me rappelle également comment les enfants des natifs d'Amérique étaient invités de façon pressante à se rendre dans les écoles de l'occupant américain pour parfaire la destruction de ces peuples à leur base même.





Les photos du couple Baldizzone sont disponibles dans le livre Esprit nomades qu'il publie ces temps-ci, également exposées sur les grilles du Luxembourg jusqu'au 18 juillet 2010.