La légitimité de l'école dans les pays pauvres, en revanche, reste une valeur sûre chez les gens (y compris les non-sco d'ailleurs). A plus forte raison dans les media.
D'où ma surprise en entendant hier cet entretien avec Tiziana Baldizone. Cette photographe italienne a consacré avec son époux une grande partie de sa vie a capturer des images parmi différents peuples nomades à travers le monde.
Voici un extrait du discours peu convenu qu'elle tient à propos de la transmission des savoirs chez les nomades : "Tous les nomades nous disent : le désert, on l’apprend de zéro à huit ans". Il n’y a personne qui inculque des comportements aux enfants. Les enfants regardent les gestes des adultes. Un nomade de Mongolie qui avait onze enfants dont deux jumeaux, il a retiré de l’école l’un des deux garçons parce qu’il avait besoin d’aide. L’autre est resté à l’école jusqu’à seize ans. Après, quand il est revenu, il a voulu faire éleveur. Il n’y a pas de comparaison entre les deux en tant qu’éleveurs. Celui qui est resté à l’école jusqu’à seize ans, tous les hivers il perd du bétail, l’autre pas."
Voici pour moi un démonstration laconique et limpide de la nuisance des écoles, y compris dans les pays où elles sont toujours considérées comme une irréfutable chance pour les jeunes générations.
Cela me rappelle tout à fait ce reportage d'Envoyé spécial il y a quelques années qui montraient bien comment les enfants de peuplades de Sibérie, il me semble, étaient arrachés à leur famille pour plusieurs mois pour être tondus, lavés, vêtus et instruits dans des bâtiments infâmement tristes, désapprenant par là-même leur culture, leur identité, détricotant le lien fragile qui se tisse de générations en générations. Et au final pour quel bénéfice ? aller grossir les rangs des jeunes toxicomanes des grandes villes de Russie, je suppose.
Cela me rappelle également comment les enfants des natifs d'Amérique étaient invités de façon pressante à se rendre dans les écoles de l'occupant américain pour parfaire la destruction de ces peuples à leur base même.
Les photos du couple Baldizzone sont disponibles dans le livre Esprit nomades qu'il publie ces temps-ci, également exposées sur les grilles du Luxembourg jusqu'au 18 juillet 2010.
