samedi 10 avril 2010

Gastineau

J'initie avec cet article une nouvelle catégorie dans ce blog, celle des portraits de prof.

Gastineau, donc, était mon prof de physique/chimie en 3ème, si je me souviens bien.
Je l'aimais bien, car il était plutôt du type marrant, et en rogne contre un système dont il était un des principaux rouages pourtant. Il passait toujours une partie du cours à pester contre le fonctionnement aberrant de l'institution, le manque de moyens pour rendre les cours plus intéressants et d'autres détails encore que j'ai oubliés depuis mais qui sur le moment me distrayaient des cours en effet assez ennuyeux, notamment le trimestre affreux consacré à l'étude de l'électricité.

Gastineau était un jeune prof, assez conscient des dysfonctionnements et des contradictions de l'école, qui s'efforçait d'amener le progrès "de l'intérieur", comme disent ceux qui y croient.
Il nous demandait de mettre nos parents à contribution pour lui procurer le matos nécessaire pour réaliser des manips en classe. J'avais participé, assez fière de pouvoir lui faire passer quelques litres de produits chimiques. Tout cela amenait un peu de vie dans la triste mécanique en quoi consiste la vie d'un écolier, un petit parfum de révolte, de débrouille et de connivence avec le Prof, celui qui juché sur son estrade, portant le savoir, le pouvoir de sanction, est craint et haït mais qu'on ne tutoie jamais.

Gastineau à la fin du mois de juin, lorsque les cours sont terminés mais que notre présence est tout de même requise dans l'établissement, nous faisait fabriquer des petits circuits électriques; je me disais à cette occasion que « 100 000 Ω » ferait un très bon nom de groupe de rock lorsque les composés vinrent à manquer. Il déclara alors: "Et le combat cessa, faute de résistances" et j'ai toujours conservé ce souvenir du prof de sciences un peu lettré.
Je ne fus donc pas tellement surprise en découvrant dans un magazine il y a quelques années que François Gastineau avait écrit un livre, sur son père disparu très tôt dans son enfance; et de découvrir un pan entier et intime de la vie de ce prof, comment lui aussi fût balloté par la vie, y fît son trou, comme tout un chacun, y prît sa place, petit rouage de la grande machine.

Gastineau un jour en fin d'année, pendant un de ses discours sur le système, comment le contourner, comment s'y fondre pour mieux le détourner, nous avait déclaré que parmi nous, seuls trois élèves auraient un bac C et ferait certainement une brillante carrière scientifique. Il s'agissait de Sarah, de Christel, et de Mohammed.
Sarah était mon amie, je l'ai fréquentée assez longtemps pour savoir qu'en effet la prévision s'est révélée exacte. Christel a passé un bac A, la dernière fois que je l'ai croisée il y a quelques années elle était commerciale dans je ne sais plus quelle boîte. Mohammed en revanche a disparu de la circulation très vite et je ne suis pas bien certaine que son avenir ait été si radieux que prévu.
Moi je ne faisais donc pas partie du lot, selon Gastineau. A ce titre je le compte parmi tout ceux de l'Éducation Nationale ayant participé à saper mes espoirs professionnels puisque c'est à peu près à cette époque de ma vie que je me destinais vaguement à devenir biologiste. Il ne fût pas le seul loin de là, puisque les conseillers d'orientation que j'ai eu l'infortune de croiser m'ont tous explicitement découragée dans cette voie, notamment à cause de mes résultats en maths, mais j'aurai l'occasion d'y revenir plus en détails une autre fois.