mercredi 13 juillet 2011

Barbier

Ha celui-là...
Barbier mon prof de français de 5ème. Enfin prof, c'est un bien grand mot. Notre déchet de français de 5ème je devrais dire.
Monsieur Barbier, donc, vieux monsieur alcoolique et déjanté qui attendait la retraite en titubant sur l'estrade.
Avec lui, les heures de classe frôlaient l'absurde et le grotesque. Qu'on se figure une trentaine d'enfants d'onze ou douze ans, assis à leur place en attendant que... ça passe.
Cette année-là nous n'avons rien fait en français avec monsieur Barbier. Lui déblatérait au tableau, très vite nous n'écoutions plus ses divagations. Chacun s'occupait à sa guise, les plus studieux faisant leurs devoirs, d'autres discutaient à voix haute, d'autres encore jouaient aux cartes.
Monsieur Barbier n'avait pas le vin mauvais, il était habituellement calme dans ses élucubrations. Une fois une élève a pissé au fond de la classe, et je me souviens qu'une chaise a volé subitement. Mais à part ça c'était plutôt calme.
Monsieur Barbier était un pauvre homme sans doute, et finalement courageux de continuer à remplir tant bien que mal sa charge. Toute l'année où j'ai dû le fréquenter, je l'ai vu vêtu de son vieux costume gris pâle et élimé. Il était mal rasé, il sentait l'urine. Entre déchéance et dignité...

Mais l'administration ayant l'esprit pratique, et certainement gênée aux entournures par cette situation ubuesque, nous a octroyé cette année-là du rab de français ! Barbier n'était plus un prof mais il fallait le garder à tout prix je suppose. Alors pour ne pas trop tailladé l'égalité de nos chances avec nos camarades moins infortunés que nous, une heure de français nous fût offerte le mercredi, avec une collègue plus classique.
Elle, était plutôt tendue; la situation sans doute.
Un jour, particulièrement remontée, elle nous remettait nos rédactions. Le sujet en était: "Si vous étiez un insecte, racontez".
Elle commentait très sévèrement chaque copie avant de la remettre à son auteur. Les notes étaient mauvaises, les annotations assassines. La mienne seule avait trouvé grâce à ses yeux, ce qui lui permit d'humilier tous ces fichus élèves si moyens en me la rendant, leur promettant bien que ce n'était pas demain la veille qu'ils seraient capables, eux, de produire ce genre de travail...
Et de lâcher pour finir le cours : "C'est vous les cloportes !".

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